La guerre au IIIeme millénaire en Orient : Equipement et Strategie

La guerre c’est développée dans cette région à tel point qu’elle a pris le sens qu’on lui donne aujourd’hui : c’est-à-dire des conflits entre états opposants des armées entraînées et bien organisées.

Ils furent les premiers à disposer de troupes organisées et professionnels et à élaborer de véritables techniques militaires.

Il semble que l’infanterie jouait un grand rôle : principalement des piquiers armés d’un casque épousant la forme du crâne, d’une pique de bronze et protégés par un grand bouclier et une cape peut-être cloutée. Ils possédaient en armes secondaires une hache à douille (innovation technologique), une massue ou un poignard.

Sur la stèle des vautours on les voit évoluer en phalanges, ce qui suppose une organisation et un entrainement adapté a des soldats professionnels.

La charrerie fait son apparition avec des chars à quatre roues pleines tirées par des onagres (les chevaux n’étaient pas encore domestiqués dans cette région).

On pense que les chars n’étaient pas encore utilisés comme armes offensives du fait de leur lourdeur et du mauvais attelage, par la gorge de l’onagre. Mais ils devaient plus servir comme transports d’armes ainsi que de troupes d’appoint. On sait néanmoins qu’ils abritaient des hommes équipés de javelots abrités derrière le tablier du char.

Plus tard les akkadiens introduiront l’arc composite dans la guerre ce qui permis des nouvelles façons de combattre, avec des tactiques plus mobiles.

Au 1er millénaire les assyriens utiliserons la charrerie à leur maximum avec un nouveau système de mors et d’attelage, l’utilisation des chevaux et de deux roues à rayon permet d’avoir des chars plus rapides et maniables devenant l’arme de choc de prestige par excellence.

Parallèlement la cavalerie se développe et les archers montés assyriens deviennent une force mobile imbattable pendant toute la durée de l’empire.

La stratégie du siège des villes devient aussi très élaborées et les machines de siège et les sapeurs prennent place dans la guerre de cette période.

Conflit entre Lagash et Umma

La stèle des vautours commémore la victoire de la cité de Lagash contre celle de Umma. Ces deux cités s’avèrent être en conflit au sujet de la gestion du parcellaire de leur territoire mais aussi et surtout du fait de rivalité politique.

La capitale de l’Etat de Lagash porte le nom de celui-ci et se trouve sur le site actuel d’Al Hiba, il s’agissait d’une des principales villes de l’empire Sumérien. Il semblerait que ce soit un conflit au sujet du « bornage de champs » qui fut à l’origine du conflit entre Lagash et Umma, comme nous l’informe le site spécialisé, Clio la Muse Vers 2450 av. J.-C., Eannatum écrase Umma, puis il conquiert d’autres cités-états telles que Ur, Uruk, Kish et va jusqu’en Elam.

Son petit fils continue la bataille avec la cité d’Umma qui avait repri ces terres durant le règne précédent. Le prince Entemena commémore sa victoire en faisant ériger un cône à son honneur, comme peuvent l’expliquer ces deux site. C’est donc un conflit de longue date qui unie les deux cités. Et ce conflit se perpétuera bien au-delà de la victoire représentée sur la stèle des vautours.

Le cône d'EnTemeNa

Les Stèles de Victoire

La stèle des Vautours fait partie d’une culture mésopotamienne qui consiste à ériger des stèles de victoires en l’honneur du souverain des soldats et du dieu victorieux d’une guerre ou d’un conflit.

La plus connue d’entre elles est sans aucun doute la stèle de Naram-Sin, qui est brièvement décrite et mise en parallèle avec la stèle des vautours dans cet article de J-C Margueron hébergé sur le site d’Universalis.

Stèle de victoire du roi Naram-Sin quatrième roi d'Akkad, commémorant un triomphe contre les Lullubi.

Selon les cas, il s’agit de stèles figurative ou avec des inscriptions, elles étaient souvent exposées pour rappeler le triomphe du souverain à toute la cité.

Cette tradition a longuement perduré comme en atteste la stèle de Mesha datée des années 800 avant notre ère. L’essentiel concernant cette stèle est expliqué dans la notice du Louvre qui lui est consacrée, le lien constant entre religion et guerre y est toujours souligné.

Stèle de Mesha, roi de Moab, commémorant sa victoire sur les rois d'Israël de la dynastie d'Omri
Age du Fer (vers 800 avant J.-C.)

L’importance de ces stèles pour l’archéologie est considérable. Elles sont la preuve de l’existence de certains souverains et de conflits internes comme le prouve cet article rédigé par Dominique Charpin du CNRS, qui les utilise avec d’autres données pour établir des chronologies par exemple.

L’iconographie du vautour dans le monde mésopotamien

Dans l’iconographie mésopotamienne des premiers Etats, c’est la symbolique du pouvoir et de la guerre qui tient une plus large place. Le thème de la victoire était déjà à l’ordre du jour à l’époque d’Uruk. La Stèle des Vautours fût la première à célébrer une victoire historique précise. D’autres stèles sont conçues sur un mode de reproduction sensiblement identique, comme la stèle de Narâm-Sîn. 

La Stèle de Narâm-Sîn.

Qu’en est-il de la place du vautour dans cette iconographie de la victoire ?

En premier lieu, il est indéniablement associé à la mort. En Mésopotamie ancienne, le corps des morts fût souvent confié aux vautours et aux insectes nécrophages avant d’être enterré, comme se fût le cas à Catal Höyük. Il a également une symbolique mythologique puisqu’on en a retrouvé des représentations dans certains sanctuaires, et on ne peut nier le fait qu’il soit dès lors associé à certains Dieux ou Déesses.

Le sanctuaire des Vautours de Catal Höyük.

Ce site  décrit brièvement et très clairement l’image qui aurait pu être attribué aux vautours à Catal Höyük, très certainement en lien avec une « déesse-vautour ».

Ce site quant à lui nous décrit une déesse mésopotamienne ayant certains aspects du vautour, comme  les membres inférieurs ou encore la tête.

Cet article écrit par une chercheuse en préhistoire proche-orientale; Danielle Stordeur et par un psychanalyste; Claude Allion, traite de l’univers symbolique de la période précéramique du Néolithique proche-orientale. Un paragraphe comprend une analyse de la symbolique du vautour présente dans ces sociétés.

En étant symbole de la mort et de la religion, le vautour est également symbole de la guerre et du pouvoir car la mort y est alors omniprésente. L’oiseau de proie est également synonyme de puissance. La représentation d’Imdougoud, une bête mythique mi-lion mi-oiseau, est assez récurrente dans l’iconographie mésopotamienne. Mais il se présente plutôt sous les traits d’un aigle et non d’un vautour.

Représentation d'Imdougoud sur la Stèle des Vautours.

Le dieu Ningirsu

Ningirsu est une divinité sumérienne, dieu tutélaire de la cité-état de Lagash. Le prince Ur-Nanshe, fondateur de la dynastie archaïque de Lagash fait ériger un relief perforé afin de commémorer la construction du temple dédié à Ningirsu.

La stèle des vautours représente sur sa face mythologique la dimension religieuse de la victoire contre Umma obtenue grâce à la protection du dieu Ningirsu. Il maintient prisonniers les ennemis de la cité dans un filet, tout en les frappant à l’aide de sa masse d’arme comme cela est décrit sur le site du Louvre. Il tient d’ailleurs de l’autre main son animal-emblême,  Imdugud. Il s’agit d’un oiseau, sous la forme dequel il apparait en songe aux souverains.

Imdugud, emblême de Ningirsu.

La stèle des vautours est un bon exemple de ce lien qui unit les princes et les dieux dans la gouvernance d’une cité-état. La divinité étant le véritable souverain de la cité et délègue ces pouvoirs aux princes. Les Hommes et les Dieux allient alors leur force dans le monde mésopotamien pour la protection des territoires.

Les Cités-Etats

La stèle des vautours met en avant le conflit entre les cités de Lagash et Umma, ce qui nous amène à vouloir évoquer le thème des cités-états de manière générale.  Le terme désigne une organisation urbaine qui se développe au proche et moyen-orient au IIème millénaire avant notre ère, cette répartition du territoire a donné lieu à de nombreuses batailles comme l’atteste l’objet de notre exposé.

Carte de la Mésopotamie à l'époque des dynasties archaïques

Pour une vision assez large de la répartition urbaine mésopotamienne, ce site évoque les deux principaux pays de Sumer et Akkad, à consulter aussi : l’article consacré à la cité de Lagash qui nous concerne tout particulièrement.

Pour une vision plus précise et sérieuse, cette bibliographie détaillée explique les principaux axes abordé par J-L. Huot dans son ouvrage La naissance des cités, il évoque entre autre l’organisation de la Mésopotamie en cités-états. L’ouvrage intégral n’étant pas disponible sur le net, il est en revanche facilement consultable en bibliothèque.

Enfin cet autre article de J-L Huot évoque également dans le cas de Sumer, le passage de l’organisation en cités-états à celle en royaumes.

La Stèle des Vautours

La stèle des vautours est le plus vieux document historiographique découvert à ce jour. Elle a été découverte en plusieurs morceaux à Tello et est actuellement exposée au Louvre depuis 1932, date à laquelle sa restitution matérielle a été fixée, Marie-Thérèse Barrelet remet néanmoins en cause cette restitution dans cet article.

Cette stèle célèbre la victoire du roi de Lagash, Eannatum, sur la citée de Umma , des civilisations akkadiennes et sumérienne pour en savoir plus sur les questions de guerre et de conflits entre les cités-états voir cet article de notre blog. Ces deux citées étaient en guerre depuis un certain temps a propos de la gestion des frontières pour contrôler les points d’eau.

Elle comporte deux faces : une historique, montrant la victoire des armées et une mythologique qui montre l’intervention du dieu Ningirsu pour vaincre les ennemis de Lagash comme l’explique cette notice du Louvre

La stèle comporte des inscriptions expliquant les bas reliefs et magnifiant la puissance du vainqueur ainsi que l’explique ce compte-rendu de l’Académie des Belles Lettres.

Cette stèle, est l’occasion de comprendre de multiples aspects de la vie et de la culture Mésopotamienne, c’est le principal objectif de ce blog comme le symbolise cet article de présentation en somme, qui vous redirige vers les articles plus spécifiques.

Les rîtes funéraires

La nature du rituel varie selon l’époque, le statut social du défunt, les croyances d’une société, les conditions du décès et parfois selon la volonté du défunt.
En Mésopotamie, les morts sont généralement enterrés, principalement ceux dont le statut fut important, et les incinérations restent très rares. Mais dans d’autres cas, en temps de guerre par exemple, les morts sont simplement entassés sur le champs de bataille. Et l’on peut en voir l’illustration sur un des fragments de la stèle des vautours.

Dessin basé sur la stèle de vautours, représentant la face historique, il permet une lecture simplifiée de la stèle. En haut à droite ainsi qu'en bas à gauche, on peut voir la représentation des corps.

La représentation symbolique des vautours serait elle en lien avec la représentation de la mort ? Le registre supérieur de la stèle montre Eannatum, vainqueur, entouré de son armée, piétinant les corps de leurs ennemis. Sur le second registre figure le défilé de la victoire conduit par Eannatum sur un char. Et enfin, sur le troisième registre, on peut ici penser que figure la représentation de cérémonies funéraires concluant la bataille.

Ce blog, dirigé par Jean-Marie Lamblard, nous propose une interprétation complète sur les vautours en lien avec la mort, notamment autour des « funérailles célestes ».

D’autre part, cet article rédigé par André Finet (spécialiste qui a notamment étudié le code d’Hammurabi), évoque les différents rites funéraires du Proche-Orient. De plus, de bonnes et intéressantes références bibliographiques s’y trouvent et peuvent apporter un champ de recherche plus large aux lecteurs.

Stèle des vautours, face, registre supérieur : la « phalange » de l'armée de Lagash guidée par Eannatum, triomphant des troupes de la cité rivale, Umma.

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Inscriptions et écriture

Les connaissances actuelles démontrent que l’écriture est née en Mésopotamie, dans la région que l’on nomme Sumer sur les bords du Tigre et de l’Euphrate, et datent de 3500 avant J.C. Peu à peu, de nouveaux support vont faire leur apparition, les échanges commerciaux et politiques vont se multiplier, et c’est dans le courant de cette évolution qu’apparaît l’écriture cunéiforme. Le site de la BNF est un site général et très complet sur l’histoire et les différents systèmes des écritures à travers le monde. Il présente également de nombreuses images de tablettes, et aide à la compréhension de son évolution. Il permet également de remettre chaque écriture dans son contexte et ainsi de permettre une meilleure analyse.

Alphabet sumérien dans sa forme finale (VIème siècle av. J-C)

Ce site, dédié à la Mésopotamie, présente l’écriture cunéiforme sous plusieurs aspects : comment se présente-t-elle, son évolution, quels types de supports…

Cette étude du cunéiforme est complémentaire à l’étude de la stèle des vautours puisque l’on peut observer sur l’un des fragments des inscriptions du même type.

Fragment de la Stèle des Vautours comportant des inscriptions de type cunéiforme.

Cette communication de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, publiée en 1897 par Thureau-Dangin François (assyriologue, archéologue et épigraphiste) grâce à de nouveaux textes, met à jour le sens de l’inscription de la stèle et des différentes figures qui y sont représentées.

Le Panthéon Sumérien

Nous choisissons ici de mentionner le panthéon sumérien, car la stèle des vautours figure le dieu Ningirsu/Ningirsou et le mentionne également clairement dans son inscription. Le fait est que la stèle comporte deux faces : une face dite « historique », et une face dite « mythologique » ce qui met en évidence l’importance du panthéon et des dieux protecteurs des cités.

Fragment de la stèle des vautours représentant le Dieu Ningirsu brandissant un filet rempli des prisonniers ennemis (face mythologique)

Pour une première vision globale du panthéon sumérien cet article tiré du site de Clio la Muse propose une brève mise en situation qui montre l’importance de la religion à l’époque sumérienne et énonce les dieux principaux.

De manière plus pointue, cet exposé réalisé par Pierre Cuvelier (ancien élève de l’ENS) à l’occasion du séminaire de mythologie mésopotamienne de l’école normale supérieure tenu par Mme. Leclercq-Neveu (enseignante à l’ENS), évoque également dans son deuxième chapitre intitulé « Dieux et Mythes en Mésopotamie » les dieux qui nous concernent. Le chapitre trois « Les Récits Mésopotamiens du Déluge »mentionne des textes concernant Lagash (l’une des deux cités impliquées dans le conflit que relate la stèle des Vautours).

Statue d'Ur-Ningirsu, prince de Lagash, fils de Gudea, albâtre gypseux, vers -2110

Enfin, une communication  de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres publiée en 1897 par Thureau-Dangin François (assyriologue, archéologue et épigraphiste) hébergé par le portail Persee met à jour le sens de l’inscription de la stèle grâce à de nouveaux textes. Il propose une description et une analyse précise de la présence de Ningirsu sur la stèle.